Le problème de l'eutrophisation et les algues vertes

 

Vous avez tous entendu parler des marées vertes sur les plages de Bretagne. Depuis quarante ans, ces algues vertes se déposent sur les plages des côtes d'Armor en particulier, s'accumulent et blanchissent en pourrissant, dégageant de l'hydrogène sulfureux, un gaz nauséabond et toxique, voire dangereux. Certaines plages doivent être nettoyées en permanence et sont interdites de baignade.

Mais quelle est cette algue? Comment se forme t-elle?

-Présentation de l'acteur:

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Nom scientifique : Ulva (armoricana, lactuca, sur le bassin: Monostroma obscurum)

Nom vernaculaire : Ulve

Noms courants : Ulve à marée verte, salade de mer, laitue de mer, algue verte, chou, ...

Classe des chlorophycées (algues vertes)

Ordre des ulvales

  Il y a aussi...la lime ou lige

Celle qui se colle à vos filets si vous vous essayez à la pêche: Enteromorpha clathrata

Lige.jpg


 

 

 Une étude d'Ifremer, déjà en 1994:etude-algues-vertes-ifremer.pdf etude-algues-vertes-ifremer.pdf

 

-Développement de l'ulve:

L'ulve est une algue naturellement présente sur notre littoral, elle n'a été ni importée, ni créée par une quelconque pollution.

On la trouve sous 2 formes:

 - Benthique: fixée aux fonds sous-marins

- Pélagique : en suspension dans l'eau, se déplaçant au gré des courants. C'est cette forme qui est responsable des marées vertes.

 L'ulve, comme tous les végétaux chlorophylliens, se développe en absorbant des matières minérales (phosphores, azote,...), qu'elle transforme en matière organique grâce à l'énergie lumineuse qu'elle capte avec sa chlorophylle.

Car toutes les plantes chlorophylliennes (vertes) ont besoin de LUMIERE pour réaliser la photosynthèse et se développer.

Elle trouve les conditions optimales à son développement dans des zones où il y a de grosses quantités de matières minérales, ainsi qu'une température relativement douce (température optimale de développement : 19°C).

 

 Son cycle de vie en fait l'arme parfaite de la marée verte :

- L'algue disparaît en grande partie pendant l'hiver, seule une petite quantité subsistera et attendra des conditions clémentes pour se développer.

- Au printemps, avec l'augmentation des températures et les excédents de matière azotées (nitrates) arrivant sur le littoral, les algues commencent à se reproduire.

- A partir de ce moment, une inexorable invasion exponentielle commence : chaque algue se déchire en morceaux (multiplication végétative), chaque morceau grossit et se divise à son tour...

- Les algues sont alors toujours en mer et forment un massif cordon immergé proche du littoral, se déplaçant au gré des marées.

- A chaque marée une partie de ces algues se dépose sur la baie et sera poussée à la marée suivante, jusqu'à s'échouer sur le haut de la plage.

 

Pourquoi une telle abondance d'algues vertes?

Les pluies lessivent les champs cultivés et les jardins, entrainant le surplus d'engrais (nitrates, matières azotées) vers les cours d'eaux et le réseau d'eaux pluviales lesquels s'écoulent ensuite dans le Bassin.

En Bretagne, la preuve a été faite que les nitrates sont bien à l'origine de la catastrophe. L'Ifremer d'Arcachon aussi en 1994. Voir le rapport de l'Ifremer en suivant le lien:

http://archimer.ifremer.fr/doc/00000/1653/

Le rapport complet est ici:

http://archimer.ifremer.fr/doc/1994/rapport-1653.pdf

Bio-indication de pollution des eaux

 Certaines entéromorphes sont considérées comme des bio indicateurs : Une abondance anormale, et plus encore une pullulation ("marée verte") de ces entéromorphes est considérée comme un signe de dysfonctionnement écologique. Ces marées vertes sont généralement liées à une eutrophisation ou dystrophisation de l'eau (due à l'apport d'engrais agricoles (nitrates, phosphates), d'effluents urbains...) ou au fait qu'un milieu riche en matière organique est en train de se fermer ou de chauffer au soleil. C'est un phénomène de plus en plus fréquemment observé, par exemple en France dans la baie du Mont Saint-Michel

En clair...c'est la catastrophe

Le développement excessif des "algues vertes " est le signe de l'eutrophisation du milieu, c'est à dire un apport massif de nutriments de différentes sources: agriculture, jardins, golfs mais aussi nitrates des lessives. Ses conséquences sont multiples: favorise le développement des algues toxiques comme Dinophysis, appauvrit le milieu en oxygène, favorise l'envasement, diminue la biodiversité et étouffe les zostères en se déposant, empêche la photosynthèse....

Et dans le Bassin?

 

 

                          Oui, il s'agit bien de la plage de Claouey...en 2011. C'est juste ce qui se voit...

 

        C'est bien de l'algue verte...attention, là où il y a de l'algue verte en quantité, les autres espèces sont étouffées

 

          Le cocktail de la mort, lige et laitue de mer: quelles autres plantes peuvent se développer sous ce tapis?

 

 

Pourtant, on a fait des études sur ces plantes qui envahissent l'estran et le Bassin, des études aussi sur la disparition des zostères, on connait les causes de cet envahissement, et que fait-on?

...des études:

Ce texte sur l'eutrophisation littorale est extrait du rapport IFREMER suivant :

Ménesguen A., coord. 2001. L'eutrophisation des eaux marines et saumâtres en Europe, en particulier en France. Rapport IFREMER pour la Commission Européenne, DEL/EC/01.02. 59p.

 

Le phénomène de croissance excessive des végétaux en milieu aquatique a été identifié depuis les années cinquante, notamment dans les grands lacs américains et les lacs alpins ; il a ensuite été observé dans plusieurs fleuves, ainsi que dans des lagunes littorales, des estuaires et certaines baies. Le terme eutrophisation est apparu vers 1970, et sa signification vient du préfixe grec eu- « bien, dans de bonnes conditions » et de trophê, « nourriture », désignant ainsi un milieu riche en éléments nutritifs minéraux, et donc propice au développement des végétaux aquatiques. A l’heure actuelle, le terme a une connotation négative et la communauté scientifique s’accorde pour dire que :

 L’eutrophisation est un accroissement de la biomasse végétale dû à un enrichissement des eaux en éléments nutritifs, qui entraîne des dégradations ou des nuisances manifestes (accumulation de macro-algues, poussées intenses de phytoplancton, coloration des eaux, fortes désoxygénations, changements d'espèces, perte de biodiversité).

Dans le milieu marin, le phénomène d’eutrophisation prend la forme soit d’une accumulation massive de grandes algues vertes sur le rivage, soit d’un développement important de cellules phytoplanctoniques dans la masse d’eau pouvant aller jusqu’à la coloration et la désoxygénation de celle-ci. L’étude des mécanismes physiques et biologiques intervenant dans l’eutrophisation d’un site permet d’en expliquer l’occurrence ; elle est aussi utile à la modélisation numérique du phénomène qui facilite l’estimation des apports en sels nutritifs acceptables sur un site donné. Enfin la détermination et le suivi du niveau d’eutrophisation des zones côtières passe par la surveillance, régie maintenant au niveau européen en application de la Directive Cadre sur l’Eau.

 

Ces algues ne sont pas toujours visibles

Parmi ces phytoplanctons et ces macro-algues, certaines espèces sont toxiques pour les HUITRES...


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Commentaires (5)

1. isidore plantey (site web) 25/04/2012

bravo François le "timide" "presque" très bonne réponse, j'ai toujours vu de ces herbes (la lige) sur le bassin , mais il est vrai pas autant
j'ai passé 50 années sur le bassin, et suis resté volontairement en solitaire deux ans dans la cabane de l'ile, je crois connaître le bassin
le naissain meurt depuis au moins vingt cinq ans et cela de plus en plus, bien avant cette lige .
j'ai déja calculé par expérience le volume des eaux saines mélangées au lixiviat d'une décharge (qui ce trouve toujours enfouie sous le sol ) j'en connais six comme celle d'audenge
chaque décharge (voir mon bloghttp://www.123siteweb.fr/ISIDORE-PLANTEY

déverse pour moi 60.000 tonnes de ce mélange,(tuant pratiquement toute vie, sur, et sous le bassin, seul sont encore un "peu préservé" le sud , et sud ouset de l'ile et encore "un peu" le banc d'aguin)) sous les vases du bassin depuis au moins 1985 (et tenez vous bien par 24/heures) (j'ai prévenu les maires en son temps, mais j'ai eu droit au petit revers de main méprisant)
pour mois toutes les pollutions réunies ,pesticides ,antifouling, huile, wharf ,et j'en oublie ne "représente que" 30 %, les lixiviat, pour moi encore , représente 70%
de la pollution principale ,je ne varie pas,et je n'ai jamais varié dans mes chiffres, mais on a le droit de me dire le contraire, en me donnant des arguments bien sur!
l'eau qui passe sous le sol, est infiniment plus important, que les eaux de la surfaces

isidore plantey de la saussouze
14/juin/1928




http://www.123siteweb.fr/ISIDORE-PLANTEY

2. William 12/05/2011

A Alex: les conditions de croissance sont favorables: élévation de la température, allongement de la durée du jour et donc de la lumière, et présence des nitrates (engrais agricoles, jardins, golf)

3. Alex Bert 11/05/2011

Bien le bonjour,
votre article m'intéresse fortement, en effet je suis éducateur environnement sur le sud bassin et je viens de constater une forte prolifération d'ulve en quelques jours sur les plages du port du Rocher à la Teste. Certes l'ulve on en a toujours eut beaucoup dans le bassin mais là ça fait quelques années que je n'en avait pas vu autant. Serait-il possible que notre bassin connaissent ces premières marées vertes?... possible, je ne suis pas un spécialiste, j'établit juste un constat de résident permanent du bassin.

4. Veillon (site web) 08/03/2011

Je vais dire des choses que beaucoup connaissent déjà…
La plupart des glaciers des Pyrénées (qui ont fondu) et le massif central alimentent la Leyre et autres effluents. Les nappes et rivières souterraines se déversant dans le bassin ont désormais un débit insuffisant. Moins de vitesse d’irrigation et plus les sédiments se déposent en épaisseur. Le système de vidange du bassin lors des marées ne siphonne plus la totalité de l’espace aquatique. Le bassin monte et la lumière favorise davantage la photosynthèse des plantes qui normalement ne sont pas parasites. Certes il y a les nitrates et certainement d’autres poisons délétères qui favorisent leur croissance. Cependant, depuis plus de vingt ans je travaille un grand potager bio. Tout autour de mon jardin il y a de grandes exploitations maraîchères et je puis assurer que depuis toujours ils font pousser les légumes à l’engrais. Leurs salades sont pratiquement prêtes à la consommation au bout de trois semaines alors que les miennes vont mettre trois mois… Voici où je veux en venir. Une Jale assez large et d’un cours paresseux longe mon potager mais aussi ceux des autres terrains horticoles. Je n’ai jamais vu de lentilles, de laitues et autres algues d'espèces invasives occulter ce cours d’eau qui par gravitation reçoit toutes les pollutions environnantes… Se pourrait-il que notre cher Bassin soit souillé par d’autres éléments plus pernicieux ?

François Veillon

http://poetedubassin.canalblog.com/

5. rene charraud 08/03/2011

pourquoi faire reference a une étude qui date de 17 ans (1994) ?
Monostroma et enteromorpha ne sont pas aussi abondantes actuellement sur l'estran nord bassin .....Beaucoup moins que dans les années 90 .ll ne faut pas dénaturer les observations et rester objectif meme si on peut déplorer leur presence ponctuelle a claouey.

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Date de dernière mise à jour : 15/09/2012