Textes d'auteurs ou de scientifiques

Cette page est dédiée aux textes qui nous ont touchés. 

Un texte de Romain Gary, écrivain qui avait tout compris 

 

« Comment pouvons-nous parler de progrès alors que nous détruisons encore autour de nous les plus belles manifestations de la vie ? Nos artistes, nos architectes, nos savants, nos penseurs suent sang et eau pour rendre la vie plus belle et en même temps nous nous enfonçons dans nos dernières forêts, la main sur la détente d’une arme automatique. (…) Il faut lutter contre cette dégradation de la dernière authenticité de la Terre et de l’idée que l’homme se fait des lieux où il vit. Est-ce que nous ne sommes vraiment plus capables de respecter la nature, la liberté vivante, sans aucun rendement, sans utilité, sans autre objet que de se laisser entrevoir de temps en temps ? La liberté elle-même serait alors anachronique. (…) Il faut absolument que les hommes parviennent à préserver autre chose que ce qui leur sert à faire des semelles, ou des machines à coudre, qu’ils laissent de la marge, une réserve, où il leur serait possible de se réfugier de temps en temps. C’est alors seulement que l’on pourra parler de civilisation. » (Romain Gary dans Les racines du ciel)

 

Un texte de François Veillon, poète et éco-citoyen

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Lettre au Ministre de l'industrie et de la maladie

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Lettre de JP Meyer à la Commission d'Enquête sur le SCOT du Bassin d'Arcachon

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Extraits du livre d'Erik Orsenna "Sur la route du papier"

au sujet de l'usine Smurfit Kappa de Biganos et les rejets du wharf de La Salie

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Fukushima: un homme en colère

Le cri de colère de l'écologiste Michel Bernard - revue SILENCE - publié le 17/03/2011

 

Journaliste à la revue Silence, un mensuel alternatif et écologiste basé à Lyon, Michel Bernard a écrit ce texte qui connait un succès foudroyant sur le web, bien au-delà des cercles écologistes habituels.

 Je suis en colère parce que l'accident de Tchernobyl n'a pas servi de leçon. Et que l'on continue à entendre et lire les mêmes mensonges sur le nucléaire dans les médias.

 Je suis en colère quand j’entends à la radio, un haut responsable du nucléaire français nous dire qu’on ne peut remettre en cause le nucléaire : "personne n’a envie de revenir à la bougie". Que je sache, dans les pays européens qui n’ont pas de centrales nucléaires (Autriche, Danemark, Grèce, Irlande, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Portugal…), y-en-t-il où l’on s’éclaire à la bougie ? Il n’y a que 441 réacteurs nucléaires dans le monde (dont 58 en France, 55 au Japon)… dans seulement 31 pays, tous les autres pays s’en passent.

Je suis en colère quand en 1979, après l’accident nucléaire de Three-Mile Island, on nous a dit que c’était parce que les Américains étaient moins forts que nous ; quand en 1986, après l’accident de Tchernobyl, on nous a dit que les Russes étaient moins forts que nous… et que je lis aujourd’hui que les Japonais sont moins forts que nous… De qui se moque-t-on ?

 Je suis en colère quand on me dit que l’on peut continuer à exploiter encore des vieux réacteurs comme Fessenheim en Alsace (qui a trente ans) parce que "plus il est vieux, mieux on connaît un réacteur". Ce n’est pas parce que vous connaissez bien les défauts de votre vieille voiture qu’elle tombe moins souvent en panne et moins gravement. (Le réacteur Fukushima-Daiichi 1, qui vient d’exploser avait 40 ans et a été autorisé à continuer de fonctionner pour dix ans en février 2011 !).

 Je suis en colère quand on nous dit que l’on ne peut se passer du nucléaire en France, parce que cette énergie fournit près de 80 % de notre électricité. C’est oublier que l’électricité n’est pas la principale source d’énergie (c’est le pétrole) et que le nucléaire ne représente que 17 % de notre énergie. Si l’on voulait s’arrêter, on pourrait s’appuyer sur une solidarité au niveau de l’Europe : là, le nucléaire ne représente que 35 % de l’électricité et seulement 9 % de l’énergie ! Il suffirait donc d’économiser 9 % pour s’en passer !

 Je suis en colère parce qu’au nom de la défense de la croissance économique, les programmes énergétiques français ou européens, négligent toujours plus ou moins le potentiel des économies d’énergies, préférant la surconsommation, éventuellement alimentée par le recours aux énergies renouvelables. Or l’énergie la plus propre reste celle que l’on ne consomme pas. En adoptant les meilleures techniques disponibles et en évitant les comportements énergivores, nous pourrions diviser par 4 notre consommation en une vingtaine d’années.

 Je suis en colère parce que les discours économiques nous polluent : on nous dit qu’arrêter un réacteur nucléaire, ce serait de l’argent gaspillé… mais les 1000 milliards d’euros déjà dépensés en 25 ans pour la gestion de la catastrophe de Tchernobyl (et c’est loin d’être terminé), ce n’est pas un gaspillage encore plus grand ? Mille milliards d’euros, c’est sensiblement le coût qu’il a fallu dépenser pour construire l’ensemble des 441 réacteurs actuellement en fonctionnement.

 Je suis en colère parce que je sais que l’on peut arrêter relativement rapidement le programme nucléaire français, qu’il existe de multiples scénarios de sortie sur le sujet (de 2 à 30 ans selon les efforts qu’on veut bien consentir).

 Je suis en colère quand j’entends mon gendre, 25 ans, ingénieur dans le photovoltaïque, me dire qu’il cherche un nouveau travail car la profession est sinistrée suite aux récentes décisions du gouvernement.

 Je suis en colère quand mon fils, 20 ans, me dit : "à quoi ça sert de faire des études si dans cinq ans on a tous un cancer" (et il ne pense pas qu’au nucléaire, mais aussi à la pollution atmosphérique, aux pesticides…).

 Alors j’agis, je me suis investi depuis une trentaine d’années dans les médias écologistes pour faire circuler une information moins déloyale et j’incite les journalistes et les lecteurs à prendre le temps eux aussi à chercher où est la vérité. Comment peut-on encore minorer l’importance de la pollution radioactive au Japon alors que les images sur internet nous montrent les réacteurs en flammes ?

 Alors j’agis et je m’engage dans l’une des 875 associations qui animent le réseau Sortir du nucléaire pour demander à nos élus de faire pression pour un changement de politique dans le domaine de l’énergie.

 Alors j’agis au niveau local en rejoignant les nombreux groupes locaux qui travaillent à des plans de descente énergétique qui nous permettront de diminuer la menace nucléaire, mais aussi notre dépendance à un pétrole qui va être de plus en plus rare. Alors j’agis car aujourd’hui si le lobby nucléaire arrive à manipuler élus et médias, c’est parce que nous ne nous indignons pas assez !

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Et un texte de notre poète, François Veillon

Si j’étais…

Si j’étais un chef de service je valoriserai la bonne volonté de mes subordonnés. Une production ne peut se réaliser que dans un climat de confiance. Je ne chercherai pas à les brimer pour les erreurs qu’ils auraient commises. Je les encouragerai pour le travail qu’ils feraient car je saurai qu’ils s’en acquitteraient de leur mieux.

 Si j’étais un élu dans la territorialité, je travaillerai dur pour bien comprendre les rouages des différents services et j’honorerai tous mes rendez-vous de permanence. Je serai efficace, attentif, à l’écoute, pour rendre service aux employés et au public. J’irai jusqu’au bout de mes possibilités pour aider tous ceux qui viendraient me voir.

 Si j’étais Maire, je respecterai le plus petit des précaires de la catégorie C et je le titulariserai pour tout le travail qu’il aura effectué, sans le jeter comme un mouchoir de poche. J’écouterai tous les avis des habitants de ma commune et je ne me lancerai pas dans des programmes qui porteraient atteinte au bon sens.

Je valoriserai l’aspect patrimonial en m’efforçant de restaurer les vieilles demeures plutôt que de les raser. Je n’augmenterai pas les impôts locaux de vingt pour cent, car je saurai qu’ils pénalisent ceux qui ont le moins de moyen pour les acquitter. Je serai toujours comme au premier jour de mon élection. Intègre, impartial, humain et je ne me mettrai pas en colère fort de mon pouvoir et de mon ascendant sur mes administrés.

 … Si j’étais président de la république j’appliquerai une démocratie participative en ce sens que tous les avis seraient pris en compte, tous partis confondus, pourvu que ce soit bon pour le peuple. Je n’aurai qu’un rôle représentatif mais je serai ferme si la situation le demandait. Je développerai l’énergie solaire pour lutter contre la pollution en ce sens que cet astre de vie peut plus nous apporter que nous ne l’imaginons. Ce ne sera pas au moyen des panneaux photovoltaïques mais au moyen de cristaux ; des chercheurs travailleront dur pour concrétiser cette énergie inépuisable. Les richesses seront mieux partagées, la sécurité sociale sera moins déficitaire et les salaires seront augmentés. Je valoriserai l’artisanat qui est paraît-il le premier employeur de France. Il faut savoir que sur un chiffre d’affaire modeste un artisan ne reçoit que l! e tiers pour vivre. Les deux-tiers sont à partager entre les impôts et les caisses de retraites.

Pour le délicat problème des flux migratoires, il conviendrait, en accord avec la Communauté européenne et les pays concernés de partager des aides sociales. Les bénéficiaires auraient ainsi dans leur pays d’origine un suivi médical, social approprié et au niveau du travail l’artisanat local pourrait se développer.

 

 12 avril 2011

François Veillon

 

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Pour l'inaugurer, nous vous proposons ce texte de l'auteur de polar, Fred Vargas. Rien à voir avec le commissaire Adamsberg, héros de ses fictions, elle plante le décor de la triste réalité de l'état de notre planète.

Ça y est, nous y sommes... 

Nous avons chanté, dansé.

Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.

Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

Franchement on s’est marrés.

Franchement on a bien profité.

Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.

Certes.

Mais nous y sommes.

A la Troisième Révolution.

Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie.

« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.

Oui.

On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.

C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.

La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.

De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.

 

Son ultimatum est clair et sans pitié :

Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse).

Sauvez-moi, ou crevez avec moi.

Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux.

D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance.

Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.

Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, –attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille- récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés).

S’efforcer. Réfléchir, même.

Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.

Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.

Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.

Pas d’échappatoire, allons-y.

Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.

Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible.

 

A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être.

A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.

A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

 

07/11/08 à 23h24

Fred Vargas

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Commentaires (4)

1. Hendy Jane 04/02/2015

Bonjour,
Le texte de Fred Vargas est intéressant et bien écrit, évidemment. Mais elle ne dit jamais un mot sur l'élevage intensif. Ou même, l'élevage tout court. Car votre goût pour la viande produit plus de CO2 que toutes les voitures du monde. J'aurais préféré une autre histoire du commissaire Adamsberg.

2. Veillon François (site web) 15/07/2013

Pour trouver chaussure à son pied…

Ce sont des boîtes qui ne sentent pas le cirage,
Mais le bâtiment neuf, aux multiples étages.
Ceignant de part et d’autre une voie sans lacets,
Elles trônent alignées, carrées mais sans excès.

Elles sont belles, arborant les couleurs à la mode
Et l’on peut respirer par ces trous bien commodes.
Mais aussi ces rebords où l’on peut observer,
Mais sans s’éterniser pour ne pas s’asphyxier

Elles sont bien montantes si le pied est petit,
Mais peuvent se déployer quand il est aplati.
Il en a fallu du temps pour accepter leurs lignes
Où tout arrondi malséant serait un trait indigne !

D ‘ailleurs les éculées ont toutes été rasées,
Au profit de réceptacles pour escarpins dorés.
La caisse est importante en ce lieu convoité
Et il est recommandé de venir s’y délasser.

Pour être dans le bain chacun à sa pointure,
Sa forme, son toit son armature et devanture.
Oui, pour se chausser de cuir et de mocassin
Rien n’est meilleur que les boîtes du Bassin.

François Veillon
Lanton

3. Veillon (site web) 24/02/2013

Nos pas nous ont porté vers toi.

Une fois de plus, nos pas nous ont porté vers toi, ville de notre enfance. Pourtant habitants tout à côté, nous pourrions nous abstenir de te visiter aussi souvent, mais on ne peut occulter en nos esprits l’image que tu fût dans notre jeune temps. Nos souvenirs se délitent au gré de nos pas et l’on se demande parfois si l’on n’a pas rêvé… Serrés l’un contre l’autre, car nous avions bien froid en ce février facétieux, nous fîmes une halte près du Bétey à l’endroit où la magnifique villa ''Samplait'' occupait l’espace jusqu’en 1990. A la place se dresse désormais le club de cyclotourisme. Je contemplais ce lieu où je fis les débuts de mon enfance, attiré par le débit de l’onde rouilleuse, chantant tout à côté. Tout à mes réflexions, mon épouse me serra le bras.
-Regarde ! Ils ont coupé le poirier !
Effectivement, sagement entassé en rondins bien découpés, le brave et généreux donateur de fruits que nous cueillions à chaque saison, gisait, attendant d’être brûlé dans quelque cheminée…
Ils étaient deux, d’espèces différentes et ils devaient s’en faire des confidences, le soir venu, tant ils avaient vécu de saisons et rencontrés de gens… Quand venait le mois de septembre, nous tâtions les poires bien accrochées et bien souvent les dégustions un peu vertes, mais le cycle de l’année était accompli.
Le cœur lourd, car je considère la coupe d’un fruitier comme un acte très grave, nous partîmes vers ce qui fût la villa de ma grand-mère, route des colonies. Je regardais le grand passage bordé de sapinettes où je courrais de toutes mes jeunes jambes. Au fond, une énorme bâtisse occupe le lieu où se dressait la villa disparue…
A deux pas, route du bois, un panneau indiquait l’édification de trois nouvelles constructions. Il restait la maison d’origine et je me souviens, qu’autrefois j’entendais les coqs chanter, pendant les vacances et je savais que ce son campagnard venait de cet endroit.
Il n’y a pas si longtemps une vieille personne regardait encore passer le monde au travers de ses volets. A chacune de nos balades, nous l’observions et c’était pour nous le signe d’une stabilité du temps, que de la voir braver les années avec autant de ténacité.
Aujourd’hui les persiennes sont ouvertes aux quatre vents et les visiteurs habituels sont venus saccager ce qui fût l’intimité d’une vieillesse. Des valises et divers objets, des reliques sans doute, sont jetés dans le jardin. Je pensais alors qu’elle devait être bien amère de voir se dégrader les murs qui l’abritaient. Je sentis que son fantôme, celui des émotions, car celui de l’âme n’a que faire de s’attarder, était toujours là, impuissant et désespéré… Plus récemment nous avons vu un jeune Araucaria dans la rue Castro…

François Veillon

4. Veillon François (site web) 03/02/2013

Contes rendus du poète...

La pluie et la bise glaciale de ce début de février s’insinuaient sous nos vêtements d’hiver et malgré nos atours matelassés, nous grelottions de froid.
La sous-préfecture dressait sa haute silhouette de pierre, presque un anachronisme au milieu de tous ces magasins et ces hautes tours cubiques et sans style. Les grilles de fer noires, épaisses, infranchissables nous indiquaient qu’il s’agissait là d’un autre monde. Des caméras de part et d’autre en contrôlaient l’accès. Nous étions cinquante et devinrent trois cent en arrivant au bord. Chacun d’entre nous affichait un calme olympien ; nous n’étions pas des agités qui par un débordement se retrouvent au poste à présenter leurs papiers. Je pensais alors que c’était nous la démocratie avec nos revendications très honorables, vitales même pour notre avenir et celui de notre descendance. Je pensais à notre droit du sol et de notre respect pour la nature que nous voulions sauvegarder. Nous sommes étrangers à cette politique à outrance d’urbanisation, car nous sommes purs, des citoyens honnêtes et respectueux. Nous n’avons besoin de personne pour savoir qu’une des causes de la mort du bassin est la pollution et chacun de nous est attentif à ne pas le souiller. Quelles que soient les municipalités, elles veulent s’agrandir, mais jusqu’à quand ? Les riches seront plus riches, et après… il y a le pouvoir, la gloire, mais après…
Pensif, je regardais les responsables d’associations filtrés par le service d’ordre qui, un par un allaient entrer dans le sein du saint. Pour l’énième fois un représentant de la justice rappelait aux manifestants l’interdiction d’accrocher leur banderole aux grilles. Je compris qu’il s’agissait là d’un des sanctuaires de la République. De fait, ces pauvres malheureux durent soutenir à bout de bras le poids de leur contradiction. Enfin après avoir battu le pavé et écouté tous les intervenants, nous vînmes revenir nos émissaires. Le Sous-Préfet les ayant écouté promettait d’en référer en haut lieu, précisant toutefois que le dernier mot revenait aux élus des communes… Le Sous-Préfet devrait soumettre aux ministres en charge, un projet de loi obligeant toutes les municipalités à envoyer par courrier à chaque habitant un avis consultatif pour chaque enquête publique diligentée. Peu de temps plus tard la manifestation fut dissoute et chacun, pensif et dubitatif, s’en fût vers sa demeure respective. Je levais les yeux et je vis le soleil au travers d’un pin sylvestre. Je reconnus là l’archétype du Bassin. Lorsque je les baissais, je vis d’horribles tours cubiques serrées les unes contres les autres. On aurait dit un cimetière où les concessions des gisants auraient été en surnombre… Voici ce qui nous attend avec la surpopulation annoncée. Avec toutes les charges et impôts dont nous nous acquittons sans broncher, il serait judicieux de créer un fond de sauvegarde du patrimoine pour sauver ces vieilles demeures dont le cachet à fait la réputation de toutes nos stations de la côte. Il est, pour conclure, paradoxal, qu’avec tous les organismes et mandats de défense du Bassin, ce dernier soit de plus en plus malade. Nos seules alternatives pour que s’élèvent nos voix sont les associations qui veillent à ce que notre patrimoine ne soit pas trop vite dilapidé…
François Veillon

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Date de dernière mise à jour : 11/05/2014